les cieux commencent aux bouts du monde

sous les aisselles de la terre

les rotules de la mer

mais il se peut que les cieux mentent

 

comment savoir

 

aux bouts de ces chemins sableux

hantés d'anophèles et de cousins piquants

où règnent assourdissants les bruits de la chaleur

dans ces nuées de solitude

 

comment savoir

 

si sur ces chemins d'eau se mirent

tout un peuple d'étoiles liliales comme des lunes d'eau

et qu'il suffit d'un coup de vent rebelle

pour mêler nymphéas et Minoris Ursae

 

comment savoir

 

les cieux ruissellent aux bouts du monde

quand dans nos mains mange l'humus

quand sur nos doigts écume l'eau

mais il se peut que les cieux mentent

 

comment savoir

 

si les étoiles ont dessein de vivre parmi nous



Mary Canal

(par une nuit de pleine lune du premier mois de l'an 1996 dans les Pyrénées)

BLEU CIEL, BLEU MARINE, BLEU NUIT



Là où le ciel commence, le ciel a déjà commencé.

Là où le ciel s'achève, le ciel continue.

Partout, toujours, le ciel est dans le ciel.

Le ciel est une couleur.

Le ciel est bleu.

Le bleu est ciel.

Le bleu du ciel est le ciel.

Le ciel est toujours caché par le ciel.

Le ciel n'existe pas et pourtant il y a un état du ciel.

Non seulement le ciel n'existe pas, mais il est provisoire.

Le ciel est un état de la couleur.

Le ciel est la couleur de ce qui n'existe pas.

Le ciel est l'état de ce qui n'a pas d'être.

Le ciel ne commence pas, il change.

Le ciel n'a jamais commencé car déjà il était autre.


Alain Fleischer

Extrait




Le ciel commence là.

Juste au bord de mon plafond. Au bord de la corniche de ma cour carrée.

Mon ciel, c'est le carré de ma cour.

Certains jours il est vide, seulement bleu ou gris, et c'est comme si il n'y avait pas de ciel. Le ciel, c'est quand le carré de ma cour est plein. Plein d'avions et de nuages qui passent de gauche à droite, depuis l'angle du toit de la mansarde de Monsieur Adélaïde jusqu'entre les deux très grands murs en moellons qui font comprendre que le ciel c'est très haut. Parfois les nuages passent dans l'autre sens mais les avions jamais. Entre les deux murs il y a une brèche par laquelle en se penchant un peu on les voit continuer leur chemin et passer dans le ciel de la cour d'à côté. Je sais qu'ils y passent parce que j'entretiens avec ma voisine de longues conversations dans lesquelles elle me parle toujours de l'état du ciel de la veille et de celui de demain ou de la semaine à venir. Son ciel, Madame Achain, il commence à la limite de ma chambre. Il n'est pas carré. Il est dessiné par le dernier mur de l'immeuble qui fait l'angle avec le passage et qui découpe une équerre très noire parce qu'elle est toujours à contre-jour. Quand son ciel est plein on a l'impression qu'il est trop gros, qu'il n'arrivera jamais à entrer tout entier dans l'équerre. C'est vrai que vu d'en bas, depuis sa fenêtre et avec la perspective, son ciel a l'air très à l'étroit. Pour moi le ciel commence au bord de mon carré et pour Madame Achain, au bord de son équerre. Evidemment parfois, dans nos discussions, on se dit que les nuages, les fumées et les avions qui le remplissent viennent bien de quelque part, mais tout le monde dit que même si l'on essayait d'aller voir dans d'autres cours ou d'autres passages on ne verrait pas d'où ils viennent ni où commence le ciel



François Seigneur

Extrait