Armelle Canitrot, Inconstance

Extraits de la monographie parue aux Editions Filigranes, 2007
Pages 3 et 4

Lorsqu’elle aborde ses repérages « intérieurs », Corinne Mercadier explore les coins et les recoins de ces maisons qui rappellent les parties de cache-cache de l’enfance. Confirmant son choix du Polaroid, son cadre carré, son grain, sa fragilité et l’inconstance de ses couleurs qui lui permettent d’inventer déjà dans ses premiers travaux un autre rapport au temps et à l’espace. Le Polaroid SX70 et sa pellicule professionnelle 778 qui répond au nom insolite de « Time-Zero Color Instant Film », nom prémonitoire en tout cas du compte à rebours et de la course contre la montre dans lesquels est lancée malgré elle la photographe. Car aujourd’hui, chaque fois qu’elle utilise une nouvelle boîte, un macaron lui rappelle que ce « Produit en fin de vie, disponible jusqu’à épuisement des stocks », ne sera bientôt plus pour elle qu’un souvenir.
Couleur
Mais pour ces Intérieurs, elle peut alors encore bel et bien chercher dans cette pellicule le moyen de traduire sa propre vision du monde, un peu à la manière d’un Walker Evans qui vit lui aussi dans le Polaroid SX70 l’opportunité de faire de la couleur tout en s’émancipant d’une trop grande fidélité à la réalité. Car c’est l’apparition de cet appareil qui conduisit le maître du noir et blanc à renier ses propres propos contre la couleur qu’il jugeait vulgaire, pour finir par l’expérimenter trois ans avant de décéder. Ainsi, les explorations intérieures de Corinne Mercadier qui s’attarde sur une tête de lit, des vêtements sur cintres, le motif d’un fauteuil…, rappellent-elles l’esprit des polaroids de Walker Evans, notamment Sans titre (vêtements sur un fauteuil), tandis que ses maisons de l’Ayrolles sont proches de l’atmosphère poétique de Sans titre (maison abandonnée) et du Building Shell réalisé par le photographe américain en 1973 et 1974. Le vocabulaire qu’élabore Corinne Mercadier _ plans rapprochés sur un coin de mur, un plafonnier, un portemanteau, un miroir…_ rappelle aussi les plans de coupe des films de David Lynch, dont on sait qu’il fut influencé par les clichés du « coloriste » américain William Eggleston.
Extraits de la monographie parue aux Editions Filigranes, 2007
Pages 3 et 4

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