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Corinne Mercadier, par Béatrice Andrieux

Texte écrit à l'occasion de l'exposition "Corinne Mercadier" à la galerie Binome 2022

Corinne Mercadier

Depuis de nombreuses années, Corinne Mercadier marque de son empreinte le paysage photographique contemporain. Par son approche unique et inventive, elle est passée de l’argentique au numérique avec le même souci de la précision, approche dans laquelle  la place du dessin fait sens – dessins préparatoires, peintures sur verre, séries indépendantes. Les trois séries inédites exposées témoignent de sa création prolifique et de son imagination toujours en éveil pour articuler son espace mental à l’espace public où objets et rêveries  contribuent  tour à tour à  fabriquer des tensions historiques.
Par-delà les références et les  icônes qui l’accompagnent depuis ses débuts comme Etienne-Jules Marey connu pour ses travaux sur la décomposition du mouvement, de l’air notamment, et  sur l’invention de la chronophotographie,  Francesca Woodman pour sa capacité à s’échapper du cadre, à se dissoudre dans ses mises-en-scènes,  ou Berenice Abbott  pour ses  expérimentations de rebonds multiples d’une balle de golf, Corinne Mercadier compose une autre réalité où la photographie scénarise une image du temps et où le dessin sur la photographie précisément dans la série Eternel retour, suggère une image d’un temps caché, invisible, absurde, impossible.

C’est ainsi qu’elle réalise à la fin des années 80 ses premiers  Glasstypes, des peintures sur verre, réinterprétations du décor à l’Annonciation à Sainte-Anne de Giotto, qu’elle photographie au Polaroid SX70 sous différents angles dévoilant une autre architecture, un autre point de vue. Ces œuvres  uniques, par  leur va-et-vient entre la peinture et la photographie, illustrent l’écriture de Corinne Mercadier. L’arrêt du Polaroid SX70 en 2008 l’amènera à découvrir et s’approprier la technique du numérique dont elle se saisira avec la même créativité.

Dans ses dessins de la série Éternel retour (2020), elle utilise la trame d’image comme trame d’histoire. À partir d’impressions numériques sur papier des séries De Vive Mémoire (2019) et Espace second (2018), elle redessine au crayon, à l’encre et à la gouache pour articuler autrement son récit. De nouveau l’unicité est au centre de sa pratique nous conviant à réinterpréter des images existantes dans lesquelles objets et formes, souvent des sphères et autres corps volants, apparaissent.
Pour sa dernière série  La nuit magnétique (2022), elle intègre de nouvelles peintures sur verre (des nuages, fumées ou polyèdres lumineux) dans ses prises de vues où voisinent architectures contemporaines et baroques, du nouveau Musée Narbo Via de Narbonne à la Chapelle de la Vieille Charité de Marseille. Pour Corinne Mercadier, ces différents lieux, muséaux pour la plupart, sont choisi « à un moment où leur usage est suspendu, ils sont vides d’objets et de présence humaine, et cette absence crée une étrangeté propice à la rêverie ». Imperceptiblement, l’air de rien, les compositions entre photographies et  peintures deviennent des scènes fictionnelles où l’on devine un décor réel qui se dilue dans l’imaginaire. Corinne Mercadier travaille la lumière et le point de vue dans sa cohérence des règles du rêve et non de la réalité. Elle joue avec la transparence et l’immatérialité pour donner corps à ses rêves. Nous pouvons l’accompagner dans ce voyage intérieur et pénétrer dans sa pyramide fictive.

 

Béatrice Andrieux